mardi 17 mai 2016

La plus brève exposition du monde...



... ou "le Bidule, qu'est-ce que c'est que ce truc?"



Récit palpitant en plusieurs rebondissements d'une équipée cocasse, qui s'achève par une plongée dans les tréfonds de l'incompétence et de la psyché dégradée d'individus défaillants côté savoir-vivre le plus élémentaire (mais vraiment élémentaire, niveau jardin d'enfants... le stade sadico-anal n'a pas dû être dépassé).



Le Bidule et le Truc sont deux cafés voisins, situés à Montreuil, dans la rue piétonne du Capitaine Dreyfus. Nous les avons connus par hasard, à l'occasion d'un spectacle de flamenco, au cours de l'été 2015. Nous remarquons qu'il y a des tableaux aux murs : prise de contact sympathique avec une responsable, qui nous explique que les deux cafés appartiennent à la même personne. Deux ambiances, deux espaces utilisés pour des expos temporaires. Rendez-vous avec le patron pour en discuter.



Jusqu'ici tout va bien.



Le jour du rendez-vous, le patron se pointe avec une bonne heure de retard. Nous l'avons attendu à coup de : "il arrive dans 10 minutes..." Première erreur de notre part. Mais vu que nous venions du fin fonds du 92, repartir aussitôt ça pique un peu. M. Patron arrive, il voit notre travail, et paraît enthousiaste. Il propose d'exposer les tableaux de ma compagne au Bidule, et mes dessins au Truc. Nous sommes censés avoir de ses nouvelles la semaine suivante... Finalement, que dalle.



Jusqu'ici, tout va encore bien : nous avons perdu une matinée, mais ça arrive. Pas de quoi fouetter un chat ou un raton-laveur.



Fin 2015, alors que nous avions complètement oublié cette histoire, nous sommes recontactés par une nouvelle personne, responsable des activités culturelles du Bidule et du Truc. Rebelote, que je t'envoie les books, que je reprends contact... Apparemment ces gens ont autant de talent pour l'organisation qu'un Pharaon pour le patinage artistique. Bon, cahin-caha, nous parvenons à nous mettre d'accord sur un mois d'exposition, dont voici l'affiche ci-jointe, qui devait commencer le 9 mai.






Nous commençons à comprendre que nous avons affaire à des gens exceptionnels à plus d'un titre lorsque la responsable culturelle nous appelle deux semaines avant l'expo pour nous dire que le Truc était vendu, et qu'aucune expo ne pourrait y avoir lieu. Elle nous prend vraiment pour des cons, en nous disant que la vente s'est décidée "très vite". C'est bien connu qu'un bar se vend en trois jours. Seconde erreur de notre part : nous eussions dû retirer nos billes à ce moment. Un instinct très sûr nous avait fortement incités à ne faire aucune communication sur le sujet tant que l'expo n'était pas en route.



Hélas... Nous n'écoutons pas suffisamment notre instinct. Parmi les deux personnalités qui s'affrontent quotidiennement en moi : le connard misanthrope et le philosophe humaniste, j'écoute décidément encore trop l'humaniste. Nous voilà à partager, ma compagne et moi-même, l'espace du Bidule. Il y avait la place pour une vingtaine de tableaux, donc soit, poursuivons.



À ce stade de cette palpitante et picaresque aventure, les gommeux du Bidule-Truc-maintenant-Bidule-tout-seul avaient eu trois fois nos books en main.



Le 9 mai, nous venons avec tableaux et dessins pour tout accrocher, ayant chacun pris un congé à cet effet. 15h nous y sommes. 15h30 tout est en place. Pendant l'accrochage, dans le bar,  une sorte de racaille mal dégrossie était en train de s'embrouiller avec quelqu'un pour une histoire de vol de matériel, à grands renforts de : "T'es un putain d'enculé toi, je vais te défoncer..." Ambiance baston imminente, mais en fin de compte beaucoup de bruit et fureur pour rien. Les deux duellistes se donnent rendez-vous pour en reparler "avec des copains" et se quittent à grands renforts de virilité démonstrative. Lors, nous découvrons avec stupeur que la racaille mal dégrossie est en fait M. Patron, que nous n'avions pas reconnu, vu que nous l'avions vu une seule fois, presque un an plus tôt.



Et là... tout bascule... (musique dramatique)



M. Patron commence à refuser une partie des tableaux proposés. Tableaux qui pourtant étaient sur les books. Books que nous leur avions fait feuilleter et envoyer trois fois par mail, sans que JAMAIS, au grand jamais, LA MOINDRE SÉLECTION N'AIT ÉTÉ FAITE OU PRÉFÉRENCE EXPRIMÉE pour telle ou telle oeuvre. Mais subitement, M. Patron fait une sélection... le jour même! Apparemment, mon épouse et moi-même sommes devenus représentants de commerce, ou vendeurs porte-à-porte, avec une valise d'échantillons...



Bref, certaines oeuvres ne sont point au niveau des standards de cet établissement classieux. Conciliants et désireux d'en finir, nous enlevons donc les croûtes indignes des murs prestigieux de ce temple de l'art content pour rien, tout en demandant si les autres en revanche conviennent : "Oui, oui, oui, le reste ça va..."  Nous repartons donc pour rejoindre nos pénates clamartoises, encore ahuris de ce comportement, dans l'atmosphère bucolique des embouteillages parisiens de fin d'après-midi, de banlieue à banlieue... Ô joie!



Las! Ce n'est pas fini!



En arrivant à Clamart, une heure plus tard, M. Patron nous rappelle, pour nous dire, en son langage sophistiqué et soutenu : "Ça va pas le faire". M. Patron s'exprime par un mélange de grognements, de phrases incomplètes... puis passe le téléphone à sa collaboratrice, la responsable culturelle, car développer un propos construit est décidément au-dessus de ses forces - voire qui sait! - de ses capacités intellectuelles. Sans doute devrions-nous nous estimer heureux de n'avoir pas eu droit à quelque chose comme : "Vas-y ça va pas le faire, bande d'enculés!". L'éloquence gaillarde de M. Patron n'excelle apparemment que dans l'insulte. Laconique et efficace (pour une fois), sa collaboratrice nous dit que les oeuvres ne sont "pas en accord avec le lieu"...



Ces mêmes oeuvres dont ils avaient eu un an pour décider si elles étaient ou non en accord avec le lieu, qu'ils avaient vues sur les books, voire même en vrai, puisque nous en avions apportées lors de notre premier rendez-vous foireux...



Ces mêmes oeuvres dont, une heure auparavant, ils avaient dit qu'elles convenaient...



La sidération le dispute encore à ce vertige qui saisit nos âmes candides, face à ce gouffre abyssal d'incompétence et d'irrespect. À 19h, nous voilà revenus avec l'intégralité de nos tableaux, après avoir fait deux fois l'aller-retour et consacré une après-midi à la psychothérapie agressive de gens incroyablement lunatiques ou titanesquement incompétents... quoique, comme dirait Casanova : "pourquoi choisir?



Mais bon, ça arrive, quand on est VRP.

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