lundi 22 juin 2015

Lettre à Marie-Christine

Chère Marie-Christine,

Je souhaiterais aborder avec toi ce que tu considères comme une décision purement personnelle, ne concernant personne d'autre que toi : le fait que tu aies décidé de porter le voile islamique. Je ne te ferai pas le procès d'intention qu'on t'a souvent fait. Je ne t'attribuerai pas le désir d'obliger les autres femmes à t'imiter. Je te te parlerai point non plus de l'Iran ou de l'Arabie Saoudite, car ni toi ni moi ne vivons dans ces pays où les femmes ne peuvent choisir librement d'être voilées ou non. Je ne me ferai pas non plus à ton égard l'apôtre d'un islam sans voile, censé être plus en accord avec les valeurs de la société française, puisque de manière générale, les pratiques religieuses n'ont guère de sens pour l'athée convaincu que je suis. Il est vrai que je n'ai trouvé aucune mention du voile en lisant le Coran, mais qui suis-je pour prétendre t'imposer mon interprétation de ce bouquin, qui n'est pour moi qu'un bouquin parmi les autres de surcroît? Je voudrais te parler de ton voile dans la mesure où je me sens concerné en tant qu'homme, au sens individu masculin, doté d'un chromosome Y et d'un bagage culturel que je n'ai pas plus choisi que tu n'as choisi ton double X et le fardeau de tout ce qui est jugé comme "féminin". D'aucuns t'ont je crois dit qu'ils étaient choqués par cette pratique qu'ils jugent misogyne. Je souhaiterais plutôt évoquer ici son caractère misandre.

En effet, tu as notamment défendu ton choix en affirmant : "Je souhaite me soustraire à l'obligation de m'exhiber". Il est vrai que nombre d'entre nous avions encore en mémoire tes tenues passées, essentiellement à base de jupes forts courtes, de talons d'une hauteur tout-à-fait déraisonnable pour la bonne tenue mécanique de tes chevilles etc... sans nous douter que ces toilettes ne procédaient point chez toi d'un choix librement assumé mais d'une soumission à une pression sociale forçant les femmes à faire usage de leurs appas pour être socialement reconnues. Fustigeant notre coupable aveuglement, tu refuses à présent d'être un objet sexuel, et le voile devient l'instrument de ton émancipation. Protégée par cette barrière magique abolissant tout désir sexuel, tu sais que tu seras désormais considérée en tant qu'être humain, et non pour ton sexe-à-piles.

Il y a dans cette démarche deux idées implicites, que je trouve fort insultantes pour nous autres, les garçons, qui sommes tout de même tes semblables.

Tout d'abord, tu sembles dénigrer nos facultés d'imagination. Moi qui suis un obsédé séqueçuel patenté, moi qui suis soumis aux affres d'un rut permanent, quelques mètres carrés de tissu suffiraient donc à éteindre la flamme dévorante de ma virilité? Marie-Christine, permets-moi d'en douter. Si ce voile pimente mes inavouables rêveries nocturnes à ton endroit (et ton envers), il ne les abolit point. Je te prie de croire que ni l'éloignement ni le tissu  ni le béton ne brident mon imagination, bien au contraire!

Mais si cette première injure à mon intellect me chagrine, elle reste bénigne si on la compare à la seconde.

En quoi le fait d'être un obsédé séqueçuel m'empêche de te considérer comme un être humain? Marie-Christine, apprends que je ne suis nullement zoophile et que seuls les êtres humains (adultes au demeurant) ont le don d'éveiller (ou non) mon désir. Dans mon cas, le choix est encore plus restrictif, puisque jusqu'à présent seuls des êtres humains de sexe féminin ont eu ce douteux privilège. Qui serais-je, si je ne considérais point ces femmes comme des êtres humains? L'un de ces sinistres fétichistes qui s'accouplent avec des objets?
Ne serais-je que le jouet de  pulsions sexuelles zoophilo-fétichistes, m'obligeant à priver de sa dignité humaine toute femme qui aurait eu l'heur de me plaire? Tu fais donc une lourde erreur, en croyant que le désir sexuel abolit nécessairement le respect humain. De même que durant ton époque consacrée aux tenues peu couvrantes, tu faisais erreur en croyant que le désir sexuel entraînait le respect humain.

En conclusion, je dirais que désir sexuel et respect humain me paraissent parfaitement décorrélés, sauf peut-être pour une minorité de pervers qui perdent instantanément tout respect pour l'objet de leurs désirs. D'autres iront même jusqu'à mépriser toute femme ayant répondu favorablement à leurs avances. Mais je n'ai pas ce masochisme retors. Car si une femme devenait une putain après avoir couché avec moi, cela ferait de moi une bien étrange et abominable machine. Marie-Christine, tu es trop intelligente pour céder aux sirènes de la facilité et de la généralisation abusive. Ta haine des hommes doit prendre fin! De même que tu refuses d'être ravalée au rang d'objet sexuel, je refuse d'être réduit à ce genre de perversion. 


Respectueusement, ton comparse en humanité

Aucun commentaire:

Publier un commentaire