mardi 7 août 2012

Vivre ou le jeu dangereux du regard

Tout a changé dirait-on : j'ai quelqu'une à perdre
Et rien n'a changé pourtant, sauf mon regard
Oserais-je regarder en bas par hasard?
À présent que j'ai enfin quelque chose à perdre


J'ai vécu pas à pas malgré eux, malgré tout
Malgré l'eau, malgré la foudre et malgré les ronces
Guidé par l'écho de mes questions sans réponse
Malgré ma peur, je suis encore debout


Je suis de ceux qui ne s'attendent qu'au pire
Par habitude et peut-être par orgueil
S'il le fallait je dînerais sur un cercueil
Et parfois la laideur du monde me fait rire


Je n'ai pas la patience du veau qui meugle
Après la bienfaisance de l'herbe mûre
Et je préfère cent fois meurtrir la nature
Plutôt que subir sa violence aveugle


Je saigne ma pensée en mots et en images
Le plus souvent dans la pénombre et le silence
J'ai appris à digérer votre indifférence
C'est ce qui me permet de parler sans ambages


Je sais que l'âme n'est pas faite d'eaux lustrales
Et je tends mes mains vers les horreurs sous la vase
Car je sais qu'il faut leur donner corps et emphase
Comme ces gens qui bâtirent les cathédrales


Quand la fête m'ennuie je ferme ma porte
Seul passager de mes nuits bleues d'insomnie
Je reste aussi seul juge de ma courte vie
De ce que j'aime et surtout de ce qui m'importe


Seul maître du sang qui circule dans mes veines
Libre de le faire un jour noircir au Soleil
Voire d'y laisser butiner quelques abeilles
Parmi celles qui se sont lassées du pollen


Seul aussi face aux angoisses qui me dévorent
Et rétif aux outils poisseux du réconfort
L'avenir dira si j'avais raison ou tort
Mais aujourd'hui je veux vivre et vivre encor

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